Compolab - Concertlab

Le projet

La première édition de COMPOLAB, projet partagé des ensembles Ars Nova et Proxima Centauri à l’Abbaye Royale de Saint-Jean-d’Angély s’est déroulée en juillet 2017. Plus qu’une académie de composition, c’est un véritable programme d’accompagnement de jeunes compositeurs et interprètes qui s’est inscrit sur une saison. 

Six compositeurs issus du territoire régional, national et international ont bénéficié la saison dernière de rendez-vous réguliers avec le compositeur Martin Matalon et le chef d’orchestre Philippe Nahon, suivis en juillet d’un temps de résidence/laboratoire à Saint-Jean-d’Angély en présence de musiciens des deux ensembles ; ce travail sur la durée a permis un approfondissement exigeant de leur pratique avec des temps pour l’analyse, la maturation, l’expérimentation, le laboratoire, la réécriture et l’interprétation. Chacun était libre de composer pour un des deux ensembles ou de constituer un effectif à partir des instrumentistes des deux ensembles.

À l’image des actions que s’attache à mener Ars Nova, l’environnement de travail, lors de la résidence, leur a donné l’occasion de collaborer avec de jeunes interprètes performants dont l’emploi du temps était partagé entre observations des séances de création, ateliers encadrés par les musiciens des deux ensembles et séances de travail sur leurs répertoires. 

À l’issue de la résidence, les compositeurs ont vu leurs pièces interprétées à Saint-Jean-d’Angély lors d’une restitution publique. Ils sont à nouveau mis à l’honneur en ce début d’année avec deux nouvelles représentations à Paris et à Gradignan. L’occasion de faire ici un focus sur leurs travaux et d’en proposer une nouvelle écoute. La soirée du 17 octobre sera par ailleurs modérée par Anne Montaron, productrice à France Musique.

Les compositeurs et leurs œuvres

Vladimir Aranda, Cretto 1 et 2

Vladimir Aranda s’est inspiré des travaux plastiques d’Alberto Burri, Cretto (1975) et Grande cretto nero (1977). Les deux pièces développent la relation entre surface plane et fissure. La matière sonore est pensée au niveau perceptif ; comment la fissure fragmente mais aussi articule deux moments temporels différents dans les mémoires et les corps ? Cette approche personnelle, en aucun cas illustrative des oeuvres de Burri, témoigne des préoccupations de Vladimir Aranda.

Augustin Braud, Deux Études d’après Paul Klee 

C’est la première fois qu’Augustin Braud fait appel à une idée extra-musicale autre que littéraire, inspiré par les lignes et la technique épurée de Little Adventurer et Danses sous l’Empire de la Peur de Paul Klee. Il a souhaité créer non pas deux entités distinctes, mais plutôt une seule œuvre, divisée selon un principe similaire à celui des poupées russes. En effet, l’instrumentarium de la première Étude est compris dans celui de la seconde, et la forme globale inclut des rappels réguliers entre les différentes incarnations du matériau. Les formations atypiques choisies lui permettent de jongler avec des complexes sonores inouïs, et d’éveiller la curiosité de l’auditeur.

Manon Lepauvre, Maelström et Masking Tape

Manon Lepauvre s’inspire ici de phénomènes naturels nordiques. Maelström nous transportera en Norvège, à l’image de ce courant tourbillonnant et impétueux produit par l’accélération de la marée et le déferlement des fortes houles. Avec Masking Tape, un trio évolue dans des couleurs et des brouillages, les instruments et les motifs apparaissent et disparaissent. Des attaques percussives et résonnantes ainsi qu’une virtuosité ponctuée par des sons multiples viennent rompre une continuité d’où avait émergé une couleur. Deux œuvres aux densités bien distinctes, néanmoins unifiées par leurs rythmiques, leurs structures formelles et la diversité des techniques de jeu employées.

Nicolas Marty, Shizu no me et Shinra

Deux œuvres mixtes où l’auditeur se retrouve face à lui-même. La mise en scène rituelle, les sons presque inaudibles et les suraigus immatériels appellent une écoute silencieuse et une présence contemplative, traduisant l’engagement politique de Nicolas Marty. La première œuvre, inspirée par un haïku de Bashō, part de l’idée que le son est visible pour tous ceux qui veulent bien se taire. La deuxième oeuvre décline très librement le mot shinra selon diverses orthographes kanjis, des croyances aux vérités, de Final Fantasy VII, où une société industrielle croit pouvoir exploiter les ressources de la Terre sans considération pour le vivant, au bouddhisme, où on désigne avec ce nom l’ensemble de la Création. Toujours l’écoute, toujours se taire, s’oublier un moment pour pouvoir écouter.

Andres Nuño de Buen, Tela et Estela

Comme le suggèrent les titres Tela et Estela, les deux pièces d’Andrès Nuño de Buen sont étroitement liées et peuvent même être considérées comme deux mouvements d’une même oeuvre. Tela signifie tissu en espagnol, un terme choisi pour représenter une musique qui se compose d’un matériau unique et homogène, soigneusement tricoté. Estela, en revanche, peut avoir plusieurs significations en espagnol et fait ici référence à la « trace » que laisse un corps dans l’air ou l’eau en se déplaçant. Le piano, la percussion et l’électronique sont ajoutés à la précédente instrumentation afin de créer une sorte d’écho lointain de la première pièce. Les pistes audios produites électroniquement avec Tela sont intégrées à la composition et jouées par des haut-parleurs placés autour de l’ensemble. Les musiciens s’engagent dans un dialogue avec leur propre chemin, une réminiscence de la musique jouée dans Tela.

Il-Woong Seo, Emerald et Encryption

Emerald réunit 5 miniatures composées d’objets sonores simples et fugitifs. L’oeuvre ressemble à un arrangement de fragments ramassés qui forment une unité dès lors qu’ils sont exposés ensemble. L’électronique confère une assise rythmique et permet des changements de climat et de couleur ; soulignant tour à tour ses objets sonores ou se comportant comme un véritable instrumentiste indépendant. Encryption est aussi composé de 5 miniatures qui s’enchaînent. Ici, la forme musicale se détermine grâce à la diversité des jeux instrumentaux. Le travail sur la densité et les timbres est omniprésent.

La Maison du Mexique - Cité internationale universitaire (Paris)

Vladimir Aranda, Cretto 1 et 2
Augustin Braud, Deux Études d’après Paul Klee
Manon Lepauvre, Maelström et Masking Tape
Nicolas Marty, Shizu no me et Shinra
Andres Nuño de Buen, Tela et Estela
Il-Woong Seo, Emerald et Encryption

 

Ars Nova ensemble instrumental (8 musiciens)
Philippe Nahon, direction
Pierre-Simon Chevry, flûte
Baptiste Gibier, hautbois
Jacques Charles, saxophone
Fabrice Bourgerie, trompette
Aïda Aragoneses Aguado, harpe
Pascal Contet et Jan Myslikovjan, accordéon
Alain Tresallet, alto
Isabelle Veyrier, violoncelle

Proxima Centauri
Marie-Bernadette Charrier, direction artistique et saxophone
Hilomi Sakaguchi, piano
Clément Fauconnet, percussions
Christophe Havel, électronique

Coproduction Ars Nova ensemble instrumental, Proxima Centauri

En coréalisation avec l’OARA

En partenariat avec l’Institut Culturel du Mexique en France

Avec la collaboration de la Maison du Mexique, Cité Internationale Universitaire de Paris