L'Homme qui aimait...

Création d’après L’Homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura (version de concert)

L'histoire

Padura explore et imagine alternativement, à la troisième personne, avec un sens minutieux de l’intériorité, la vie et l’environnement de trois personnages jusqu’à leur mort : l’exil et l’assassinat de Trotski poursuivi par les aboyeurs communistes, Mercader son assasin (la déchéance de l’homme public et la montée en puissance de l’agent de l’ombre, l’errance de Trotski, et l’effervescence de la République espagnole qui se précipite dans la guerre civile, jetant des militants comme Mercader dans les bras de Staline), et un écrivain cubain, doublé d’un vétérinaire, Iván, aux prises avec l’autocensure. Il rencontrera un homme maladif au bras bandé accompagné par deux lévriers russes sur la plage de Santa Maria del Mar à Cuba : Ramón Mercader, l’homme qui aimait les chiens.

Les mots de l'écrivain

À Cuba, il était très difficile de connaître la véritable histoire. Nous disposions seulement des manuels soviétiques, dans lesquels Staline restait un grand leader, confie Leonardo Padura. En octobre 1989, au Mexique, j’ai été bouleversé par la visite de la maison fortifiée de Trotski à Coyoacán. Cela a constitué le point de départ intellectuel de mon nouveau roman.

La création

Ce qui est en tout premier lieu marquant, c’est le potentiel dramatique de L’Homme qui aimait les chiens ; une tragédie shakespearienne d’une très grande profondeur psychologique. Fernando Fiszbein aime décrire ce monumental et soigneux roman de l’écrivain cubain Leonardo Padura comme un labyrinthe de tragédies : un ensemble de tragédies personnelles se confrontent à celles du XXe siècle : la lutte héroïque et frustrée de Léon Trotski et la vie marquée par les morts de son assassin Ramón Mercader, celles de sa mère Caridad et sa femme. Ces univers tragiques nous dévoilent l’histoire, le monde et nous emportent du Kirghizistan à Coyoacán, en passant par la Turquie, le Mexique, l’Espagne et Cuba. 

Le parti pris artistique de Fernando Fiszbein, créer des objets perceptifs complexes, est étroitement lié à cette trame architecturalement dense de l’oeuvre de Padura. Il décide d’aller à sa rencontre en 2015, à la Havane. Il gagnera sa confiance et lui présentera l’année suivante ses idées d’adaptation de ce livre de plus de 700 pages.

Le public aura ainsi une vision simultanée, qui ne sera pas pour autant synchrone. C’est donc la création pour Ars Nova et Jean-Michaël Lavoie d’une œuvre quadriphonique avec des musiciens distribués dans l’espace scénique, des artifices à vue, des sons et de la voix (de Leonardo Padura et de Léon Trotski) pré-enregistrés et amplifiés. S’agissant d’une histoire polyphonique, il décide de concevoir quatre espaces scéniques construits au travers de quatre espaces musicaux, créant ainsi un récit ouvert à la simultanéité et au double.

Les mots de Fernando Fiszbein

"La brume glaciale dévora le profil des dernières chaumières et la caravane pénétra de nouveau dans le vertige de cette blancheur angoissante, sans horizon, où rien n’arrêtait le regard. À ce moment Lev Davidovitch comprit enfin pourquoi, depuis l’origine des temps, les habitants de cet âpre coin du monde s’obstinaient à adorer les pierres." Cette lecture de L’Homme qui aimait les chiens intervint alors que j’étais en pleine période de résidence de création de mon premier opéra, Avenida de los Incas 3518 au Théâtre de l’Athénée. Heureuse coïncidence, cela a confirmé en moi le désir de faire de l’opéra un volet fondamental de mon travail artistique.

Fernando Fiszbein

Fernando Fiszbein, musique et livret (adaptation)
Jean-Michaël Lavoie, direction musicale

Ivan Garcíarécitant
Jenny Daviet, soprano
Guilhem Terrail, contre-ténor
Olivier Coiffet, ténor
Lisandro Abadie, baryton-basse

Ars Nova ensemble instrumental (11 musiciens)
Pierre-Simon Chevry, flûte
Éric Lamberger, clarinette
Cédric Bonnet, cor
Mathilde Comoy, trombone
Michel Maurer, piano
Pascal Contet, accordéon
Isabelle Cornélis, percussions
Catherine Jacquet, violon
Alain Tresallet, alto
Isabelle Veyrier, violoncelle
Tanguy Menez, contrebasse

Coproduction CETC - Teatro Colón de Buenos Aires

 

Avec le soutien de la Spedidam